LA FABRIK
OSLOER STRASSE
Berlin, quartier de Wedding : une visite à la Fabrik Osloer Straße
Dans le cadre des travaux de l’EFS à Berlin, les rencontres et visites de structures organisées en marge des travaux du conseil d’administration sont toujours des moments puissants. Elles nous permettent de mesurer la force du mouvement centre social et donnent ce sentiment d’appartenance à une histoire forte, qui donne du sens à nos actions à travers le monde. La visite de la Fabrik Osloer Straße, nichée dans le quartier populaire de Wedding, en est une illustration saisissante. Ce n’est pas seulement un centre socioculturel : c’est une histoire vivante, un pari collectif tenu contre vents et marées depuis plus de quarante ans.
Une usine, une mémoire, une renaissance
Tout commence en 1910 avec une usine de fabrication d’allumettes employant jusqu’à 400 salariés. Durant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment est reconverti en lieu de travail forcé et de production d’armement. Une histoire sombre dont l’association témoigne aujourd’hui à travers des actions de mémoire, des témoignages historiques auprès des jeunes, transformant ainsi le site en lieu de transmission.
À la fermeture de l’usine en 1977, c’est une poignée de jeunes gens dans la vingtaine qui s’emparent des lieux. Quelques militants déterminés se réunissent chaque dimanche, organisent une fois par mois des espaces de décision collectifs, travaillent ensemble dans les murs et vivent sur place, reproduisant le model des pionniers dans les settlements. En 1982, l’association Verein Fabrik Osloer Straße est fondée, posant les bases d’une gouvernance partagée et auto-organisée qui perdure encore aujourd’hui. En 1988, la ville leur propose de leur vendre le bâtiment pour 800 000 marks. Ils refusent, par choix politique, car ne pas être propriétaires c’est, pour ces jeunes militants, « rester libres ».
Le bâtiment reste donc propriété de la ville de Berlin. L’association paie un loyer modeste et assume en échange la responsabilité de l’entretien coûteux des lieux.
La maison qui appartenait autrefois au propriétaire de l’usine historique a, elle aussi, changé de vocation : elle abrite aujourd’hui une crèche, signe supplémentaire de cette capacité du site à se réinventer sans jamais perdre le fil de son histoire.
Un accueil chaleureux, une équipe engagée
Bettina Pinzl
C’est Bettina Pinzl, directrice du centre depuis deux ans, qui nous accueille, accompagnée de sa collègue d’origine grecque, arrivée à Berlin en 2016. J’avais eu la chance et le plaisir de croiser Bettina la veille au soir, à la UfaFabrik, où se tenait une grande fête pour célébrer les 75 ans du Verband für sozial-kulturelle Arbeit, la fédération des centres sociaux de Berlin. La retrouver le lendemain, cette fois chez elle, dans les murs qu’elle dirige avec tant de conviction, a donné à cette visite une saveur particulière. Comme la suite naturelle d’une rencontre déjà chaleureuse, prolongée par la fierté de nous montrer son lieu de travail. Sa manière de nous présenter la Fabrik, avec générosité, précision et une évidente conviction, dit beaucoup de l’esprit qui anime cette maison. La Fabrik Osloer Straße se définit comme un espace de vie démocratique, inclusif et tourné vers le voisinage, dans un Berlin culturellement métissé.
Un lieu, une multitude de vies
Le site regroupe trois bâtiments pour environ 600 m² et abrite une constellation de projets portés par des équipes salariées et bénévoles. Sur ce terrain, la diversité de la population urbaine se reflète au quotidien : logement, vie sociale et travail s’y entremêlent naturellement. Dès l’origine, des mères et leurs enfants ont été les premiers bénéficiaires de cet accompagnement de proximité, entre voisins, et la dimension multilinguistique a toujours été centrale. Depuis le début, des habitant·es trouvent ici des interlocuteurs capables de les comprendre et de s’exprimer dans leur langue maternelle.
Parmi les pépites du site, le musée des enfants Labyrinth Kindermuseum occupe une place à part. Créé à l’initiative d’habitants, ce musée interactif est ouvert à tous les enfants de la ville, notamment dans le cadre de sorties scolaires. Son fonctionnement repose à la fois sur les droits d’entrée et sur le soutien de l’État de Berlin, qui permet de renouveler régulièrement les expositions proposées aux jeunes visiteurs.
Le site héberge également une association de réparation de vélos, qui propose un atelier de formation aux métiers de la réparation manuelle. Cette structure loue un espace de travail sur le site et accompagne des jeunes dans leur insertion professionnelle. Cette activité est une illustration concrète de la vocation du lieu à conjuguer solidarité, transmission de savoir-faire et économie circulaire.
Le site comprend aussi un appartement qui accueille six familles en attente de logement, leur permettant de rester unies pendant cette période de transition plutôt que d’être séparées ou hébergées dans des structures d’urgence dispersées. Là encore, la Fabrik apporte une réponse à la fois humaine et pragmatique à une problématique que connaissent de nombreuses grandes villes européennes.
Nous sommes accueillis le soir du 18 juin lors d’un Kochen und Kultur, un rendez-vous convivial autour de la cuisine et de la culture, emblématique de l’esprit du lieu. Parmi les autres activités régulières : le café de quartier, la danse, les échecs, le café philosophique, des ateliers de couture et un café réparation animés par des bénévoles.
Le programme de parrainage scolaire PaSch mérite une mention particulière : il met en relation des mentors, souvent d’origine européenne, avec des enfants d’autres horizons culturels. Ces binômes se retrouvent une fois par semaine, créant des espaces d’échange et d’interculturalité concrets. L’État de Berlin finance ce programme à hauteur de 50 %.
La Fabrik porte également un programme inclusif pour les personnes sourdes, ouvert à tous, ainsi qu’une fête des voisins annuelle. Une équipe de terrain va à la rencontre des habitants dans l’espace public avec des jeux, pour créer le contact, identifier des besoins et proposer des accompagnements adaptés.
À l’échelle du district, deux missions structurantes complètent ce tableau : une agence du bénévolat, espace d’orientation pour les personnes souhaitant s’engager, y compris via du bénévolat d’entreprise, et un programme dédié à la lutte contre les discriminations et à la promotion de la démocratie, porté par trois collaboratrices et financé par l’État de Berlin depuis trois ans.
Un modèle sous pression ! Un écho familier…
La visite n’occulte pas les difficultés. Comme de nombreuses structures similaires à Berlin et ailleurs en Europe, la Fabrik fait face à une baisse sensible de ses financements publics. Les coupes annoncées dans les programmes de travail social de proximité inquiètent, et plusieurs organisations berlinoises ont déjà publiquement alerté sur les conséquences de ces réductions budgétaires pour les habitants les plus vulnérables.
Partout en Europe, les équipements de proximité font face au même défi : comment maintenir une offre de qualité, ancrée dans les besoins réels des habitants, quand les financements publics se raréfient ? La Fabrik Osloer Straße nous rappelle que la résilience ne s’improvise pas mais qu’elle se construit dans la durée, par la diversification des ressources, l’engagement bénévole, et une vision collective assumée. Nos modèles économiques doivent s’adapter, innover, trouver de nouveaux équilibres. C’est un défi partagé, et des rencontres comme celle-ci nous rappellent que nous ne sommes pas seuls à le relever.

MOURAD CHALAL PORTFOLIO
This portfolio provides examples of my work and enables potential partners and community friends around the world to see an in-depth summary of what we have accomplished.
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